lundi 17 septembre 2007

22 Septembre : Journee internationale du blogging pour la paix


Des blogueurs vertueux ont décides d'organiser ce 22 septembre, une journée international de blogging pour la paix.

Pour y participer, vous devez juste poster un petit mot pacifique le 22 septembre.

N'hesitez pas à relayer l'info et y participer.

samedi 14 juillet 2007

La seconde mort de Yasser Arafat


Le coup de force mené par les miliciens du Hamas dans la bande de Gaza, de même que les actions du Fatah contre celui-ci en Cisjordanie, constituent une tragédie dont on ne peut encore mesurer les conséquences. Marque-t-elle la fin de la cause palestinienne telle que l’OLP l’avait fait connaître au monde au tournant des années 1960-1970? Elle semble en tout cas devoir ouvrir une ère nouvelle. Responsabilités et – sombres – perspectives.


Drapeau Rouge - Belgique

Le verdict de l’envoyé spécial de l’ONU pour le Moyen-Orient, Alvaro de Soto , est clair: dans la crise inter-palestinienne qui a abouti du 12 au 14 juin à la mise hors combat du Fatah dans la bande de Gaza, la responsabilité de l’ainsi nommée «communauté internationale» est écrasante. Responsabilité de l’administration Bush, «alignée sur Israël.» Responsabilité aussi, il va sans dire, de l’Union européenne: selon un haut-fonctionnaire français aux Affaires étrangères , l’UE, «qui disposait de tous les atouts pour lancer une initiative politique», s’est «réfugiée dans la frilosité […], laissée aller à son défaut coutumier: abandonner le terrain politique et se donner caution par l’activisme humanitaire, dépenser faute […] d’oser agir.»

Contorsions, dédits et double langage occidentaux

Rarement l’attitude des «deux poids, deux mesures» de nos dirigeants n’est apparue de façon aussi flagrante qu’au cours de la période qui a suivi le décès, fin 2004, de Yasser Arafat. Ce 14 juin, c’est en effet avec l’approbation occidentale que le président Abbas a évincé Ismaïl Haniyeh d’un poste de 1er ministre que la «communauté internationale» avait hier sommé le défunt Raïs de créer, afin précisément de limiter ses prérogatives. Et c’est toujours avec la bénédiction occidentale que cet ex-1er ministre, devenu le président Mahmoud Abbas, s’est empressé de prendre de mesures renforçant ses pouvoirs au détriment, comme le dénonce le Palestinian Centre for Human Rights (PCHR), des libertés publiques . Et en «contournant» indiscutablement la Loi fondamentale de 2003 que les Occidentaux avaient pourtant appelée de leurs vœux, toujours pour restreindre les pouvoirs de Y.Arafat.
Quant à l’exigence occidentale d’élections «démocratiques», mise en sourdine tant qu’Arafat était susceptible de les remporter, l’on sait ce qu’il en est advenu. M.Abbas, adoubé par beaucoup à la présidence parce que perçu comme le favori de Washington et de l’UE et donc susceptible d’en obtenir le déblocage de la situation, la «communauté internationale» n’a à nouveau rien fait pour empêcher Israël d’étendre les colonies et d’asphyxier la société palestinienne par les check points et les blocus. Et spolier, grâce au «Mur», des dizaines de milliers d’autres Palestiniens. Puis, lorsqu’en conséquence le Hamas eut remporté les législatives de janvier 2006, la «communauté internationale» s’est empressée de punir la population palestinienne pour avoir «mal voté»…
Les «milices» enfin: c’est, rappelle Jean-François Legrain , sous l’insistance du «Quartet» que les «forces de sécurité», qui dépendaient du 1er ministre, ont été redonnées à la présidence après la victoire du Hamas, conformément, écrit l’ex-conseiller de Javier Solana, Alastair Crooke , à une «agressive politique de division» qui a jeté les bases de la violence récente. «Si le vote des électeurs avait été respecté, note Denis Sieffert, la police palestinienne et la ‘Sécurité préventive’ du Fatah seraient en effet passées sous la tutelle du ministère de l’Intérieur et du gouvernement à majorité Hamas.»
Enfin, bel exemple de ce qu’on peut appeler un «journalisme paresseux» , le choix de nombre de nos médias de n’évoquer dans leur couverture des affrontements inter-palestiniens que des «luttes entre factions rivales» , a sérieusement occulté ce qui se tramait dans la bande de Gaza, avant et après l’accord de La Mecque du 8 février.

Vous avez dit putsch ?

Pour certains observateurs attentifs, la prise de contrôle de Gaza par le Hamas était prévisible. Et non pas, comme l’on écrit certains – «nous vous l’avions bien dit!» – du fait d’une volonté du mouvement islamiste de s’accaparer tous les pouvoirs. En mai dernier, trois mois après l’accord de La Mecque et la formation d’un gouvernement palestinien d’union nationale, les violences «entre factions rivales» avaient repris. Pour culminer à nouveau à partir du 7 juin. Et Jonathan Steele pose la question: la capture des installations militaires du Fatah à Gaza était-elle spontanée ou «s’agissait-il d’une frappe préventive afin de prévenir un coup d’État du Fatah?»
Selon A.Crooke, Washington et certaines capitales européennes ont choisi de financer, d’entraîner et d’armer les forces dirigées par Mohammed Dahlan. Régulièrement décrit comme «l’homme des Américains», celui-ci était perçu, écrit Crooke, comme l’homme fort, capable de restaurer le pouvoir d’un Fatah au sein duquel beaucoup n’avaient pas «digéré» la défaite électorale. «Le but ultime était d’édifier une milice pouvant se confronter militairement au Hamas, en d’autres mots, de mener un coup d’État soft» . Ainsi, le projet de gouvernement d’union nationale s’est-il d’emblée heurté à l’hostilité de l’administration Bush et du gouvernement israélien, mais également à certains cadres du Fatah . Un constat partagé par A.de Soto, pour qui «les Américains ont poussé à la confrontation entre le Hamas et le Fatah.» Ainsi, à Gaza, Dahlan se serait systématiquement refusé à ce que le gouvernement élu prenne la haute main sur les services de sécurité, sabotant toute tentative d’accommode-ment du Hamas, comme l’aval donné à la désignation de Hani Al-Qawasmeh, personnalité indépendante, comme ministre de l’Intérieur. «On était donc, observe Legrain, dans le cas d’une désobéissance civile – pour ne pas dire plus – des forces qui se réclament du Fatah et qui refusent l’ordre constitutionnel». Qui ont de surcroît «reçu l’appui d’Israël et de la communauté internationale.»

Dérapages

115 tués en six jours d’affrontements (7-14 juin) dont la férocité a choqué: images et récits d’exécutions sommaires, de combattants précipités du toit d’immeubles ont fait le tour du monde. Donnant lieu dans nos médias à d’étonnantes tentatives d’explication. Ainsi, la thèse d’une trop grande densité de population semble avoir captivé certains: la comparaison avec les rats de laboratoire a été faite… Une férocité qui s’explique aussi par les haines partisanes accumulées: sentiment, côté Fatah, de représenter par excellence la lutte palestinienne depuis plus de quarante ans et, côté Hamas, celui de s’être vu refuser une victoire électorale légitime, d’être aujourd’hui les authentiques défenseurs de la cause nationale contre les «agents» d’Israël et des Etats-Unis et, enfin, conviction de suivre une voie tracée par Dieu. Par ailleurs, nombre d’exécutions sommaires relèveraient, selon des témoignages, de vendettas de miliciens islamistes contre d’anciens geôliers fatahouis.
Les événements auraient-ils échappé aux politiques du Hamas, comme semble le penser Baudouin Loos? Selon J-F Legrain, «ce sont probablement des groupes au sein de la branche armée du Hamas qui ont précipité cette offensive.»

Legrain, comme Gresh, rappellent toutefois que c’est avant tout «la dislocation de la société palestinienne, accélérée par quinze mois de boycottage international» qui explique «la férocité injustifiable des affrontements» et qui a «hypertrophié «tous les localismes, le repli sur les liens du sang et les solidarités locales.» Ce que le professeur Abel Jawad Saleh de Bir Zeit appelle un sociocide. Et, comme l’écrit l’admirable Gideon Levy , «ces jeunes gens que nous avons vu s’entretuer […] ont vécu toute leur vie à l’ombre de la violence israélienne.»
Selon le haut-fonctionnaire français cité, le président Abbas, «sans appuis réels et sans véritable stratégie», n’aurait fait «qu’accentuer par son indécision» un système hérité de
Y.Arafat qui a vu un Fatah, «dépourvu de toute colonne vertébrale idéologique et programmatique», devenir « un simple réseau d’influences et de redistribution des prébendes.» En face, côté Hamas, l’on ne peut, également, sous-estimer le rôle délétère qu’ont joué les «militaires» et les miliciens de base des Brigades Ezzedine-Al-Qassam. Selon un professeur de l’université An-Najah de Naplouse évoquant les groupes armés du Fatah et du Hamas, «dans les premiers, on compte beaucoup de gangsters. Dans les seconds, beaucoup d’ignorants» …
Par ailleurs, il semble que, du côté du Hamas aussi, l’accord de La Mecque n’ait pas fait l’unanimité: selon Michele Giorgio , des dirigeants comme Mahmoud Zahar et Saïd Siyam auraient «encaissé non sans rage» la décision de Haniyeh et de Khaled Meshal de se plier au veto émis par M.Abbas à leur nomination au sein du gouvernement d’union nationale. Et certains chefs de l’aile militaire avaient accusé I.Haniyeh de «faiblesse» suite à la nomination, par M.Abbas, de M.Dahlan à la tête d’un nouveau Conseil de sécurité nationale! Il reste que la décision de la branche militaire islamiste de «faire place nette du Fatah et pas seulement du courant dirigé par M.Dahlan» a eu pour conséquence, note Giorgio, «qu’aux yeux des Palestiniens et du monde entier, [le Hamas n’a] pas éliminé des gens corrompus mais imposé [son] pouvoir absolu.»

«Cisjordanie d’abord»?

Sharon, rappelle le pacifiste israélien Uri Avneri, rêvait de transformer la Cisjordanie en «un archipel de cantons isolés» dirigés par le Fatah et de faire de Gaza une entité isolée, dirigée par le Hamas et, dès lors, «plus facile à désigner comme un nid de terroristes, libérant Israël de toute obligation et la laissant périr étranglée.» . Ce qui expliquerait l’insistance israélienne pour un retrait «unilatéral» de l’enclave. Ce qui confirmerait aussi les soupçons émis par certains quant aux révélations au sujet de l’aide US au Fatah qui se serait avérée à dessein insuffisante et tardive et qui aurait précipité le coup de force du Hamas.
Depuis le 14 juin, écrit Avneri, «il semble que ce but a été atteint.»
Ce sont en effet ces objectifs sharoniens qui sous-tendent la politique privilégiée aujourd’hui par George Bush et Ehud Omert: «la Cisjordanie d’abord», consistant à injecter des fonds en Cisjordanie, à y renforcer les forces du Fatah et à évoquer le «processus de paix» tout en laissant la bande de Gaza dépérir. Cela avec la collaboration éventuelle de la Jordanie et de l’Égypte.
Or, écrit Robert Malley, ex-conseiller de Bill Clinton , «cela ne marchera pas». Primo, parce que cette «stratégie» est fondée sur le présupposé que le Fatah contrôle la Cisjordanie et que le Hamas n’y conserverait que peu d’appuis. Or, «la Rive ouest n’est pas un Gaza inversé: le Fatah a cessé d’y exister en tant que mouvement cohérent sur les plans idéologique et organisationnel» et le Hamas y garde, malgré la répression qu’il subit , une influence incontestable. Deusio, parce que «des carottes pour la Cisjordanie et le bâton pour Gaza» diviserait davantage les Palestiniens et achèverait de ruiner le crédit de M.Abbas en tant que président de tous les Palestiniens. Ensuite, parce que les buts des États arabes divergent de ceux de la «communauté internationale» et d’Israël: pour les premiers, il s’agit en effet de ressusciter l’accord de La Mecque. Enfin, parce que le soutien exprimé, en phase avec la «communauté internationale», par M.Olmert à Abbas ne devrait pas faire trop illusion. Au-delà des promesses d’une restitution – progressive! – des 600 à 850 millions $ dus à l’Autorité palestinienne et de libération de quelque 250 prisonniers (exclusivement fatahouis et «n’ayant pas de sang sur les mains» – lisez: pas Marwan Barghouti), le 1er ministre israélien ne s’est-il pas appliqué à dissiper toute illusion éventuelle quant à un retour rapide aux «négociations de paix»?

Dès le 18 juin, l’UE a normalisé ses relations avec le «gouvernement d’urgence» de Salam Fayyad, «respecté et apprécié aussi bien des Israéliens que de la communauté internationale, en particulier de l’administration Bush» et décidé de «développer les conditions d’une assistance matérielle et financière d’urgence» à celui-ci. George Bush a, lui, promis «aide et soutien» à M.Abbas. Pourtant, écrit Virginia Tirley , la Loi fondamentale ne permettait à M.Abbas ni de désigner un nouveau 1er ministre ni de nommer un «gouvernement d’urgence». Et, la veille, M.Abbas avait abrogé par décret les dispositions «constitutionnelles» stipulant qu’un tel «gouvernement d’urgence», n’étant par ailleurs renouvelable qu’une seule fois, ne pouvait excéder les trente jours…

Demain?

L’on sait qu’à Gaza même, des dissidences du Fatah sont décidées à collaborer avec le Hamas. Et qu’au sein même du parti de M.Abbas, les critiques pleuvraient contre M. Dahlan , à qui l’on reproche en outre d’avoir abandonné ses hommes au moment de l’épreuve, ce qui expliquerait en partie leur défaite rapide. Peu nombreux enfin seraient ceux qui, même au Fatah, croient dans les capacités de M.Abbas à redresser la situation. Les fatahouis sont aujourd’hui divisés entre ceux pour qui la rupture est consommée et ceux qui, comme Marwan Barghouti, entendent préserver ou rétablir l’unité et réformer le Fatah, même s’ils critiquent durement le coup de force du Hamas (tout comme d’ailleurs les actions anti-Hamas en Cisjordanie) . Cependant, un des coûts réels des journées de juin, écrit Crooke, a été d’affaiblir tous ceux qui, au sein du Fatah, se sentaient mal à l’aise face à la cooptation de Dahlan et du Fatah par les Américains et les Israéliens, et prônaient une réelle coopération entre les deux organisations. Et les violences qui à Gaza accompagnent souvent les perquisitions des miliciens hamsaouis à la recherche d’armes, de drogues ou d’opposants cachés ne sont pas faites pour les renforcer.
Au Hamas aussi, l’on est en quête de «bons offices», e. a. arabes ou islamiques, en vue de renouer le dialogue inter-palestinien et d’éviter un isolement total de la bande de Gaza. Comme lors de leur victoire électorale de janvier 2006, les dirigeants du Hamas semblent tout aussi désorientés face à leur victoire militaire. Si le discours officiel insiste sur la priorité que constituait «la sécurité et le bien-être de la population» et le «nettoyage du chaos et de l’anarchie», on y est conscient du fait qu’urbi et orbi, l’image du mouvement a été gravement ternie. Selon un professeur de l’université (fatahouie) Al-Azhar de Gaza, le Hamas se demanderait s’il ne «s’est pas tiré une balle dans le pied». Et, finalement, «fait le jeu d’Israël et des Etats-Unis» . Dès lors, le ton est à la conciliation: Khaled Meshal, décrivant l’action menée les 12-14 juin comme n’étant en rien dirigée contre le Fatah en tant que tel , a répété que son mouvement respectait la légitimité de M.Abbas et refusait «la division de la patrie». Pour le Hamas, qui réitère les propositions de gouvernement d’union nationale et tente des gestes d’apaisement – libération de cadres du Fatah arrêtés, «tribunaux militaires» pour juger les miliciens islamiques «qui se sont entachés de violences graves» –, il n’est pas question de «Hamastan». Par ailleurs, le Hamas mise aussi sur «l’effet publicitaire» du retour au calme et à des activités «normales» dans la bande de Gaza: reprise des études, rues apaisées, contrô-le des prix contre la spéculation, possibilité des citoyens d’accéder à nouveau au littoral et, last but not least, appels à la libération du journaliste de la BBC Alan Johnston….
Cependant, ces efforts de «bonne gouvernance» se heurteront tôt ou tard au blocus d’Israël et de la «communauté internationale».
Combien de temps Gaza tiendra-t-elle dans cette situation?

Paul Delmotte

Bagdad brûle, Calgary prospère


L’invasion de l’Irak a pavé la voie à ce qui pourrait constituer le plus grand boom pétrolier de l’histoire. Tous les signaux convergent : les multinationales sont libres d’avaler les entreprises nationales, elles renvoient leurs profits exponentiels à la maison, elles profitent de « congés de taxes » et elles paient des droits risibles de un pour cent au gouvernement.


The Nation, 31 mai 2007.

Contrairement aux apparences, je ne suis pas en train de vous décrire les effets du nouveau projet de loi irakien sur le pétrole. Cela viendra plus tard. Le boom pétrolier dont il est question apparaît déjà bien engagé, et il se déroule aussi loin de Bagdad qu’il est possible de l’imaginer, dans les étendues désolées du nord de l’Alberta. Depuis quatre années, maintenant, l’Alberta et l’Irak semblent liés par un étrange système de vases communicants. Pendant que Bagdad brûle, et que la guerre en Irak déstabilise toute la région en propulsant les prix du pétrole vers de nouveaux sommets, Calgary connaît une prospérité inégalée.

Voici comment le chaos en Irak a déclenché ce que le Financial Times a récemment décrit comme « le plus grand boom de richesses naturelles depuis la ruée vers l’or du Klondike ». Les Albertains ont toujours su que dans le nord de leur province, se trouvaient les vastes réserves des sables bitumineux - une sorte de matière goudronnée et visqueuse dans laquelle le pétrole est mélangé à du sable, à de l’eau ou à de la glaise. On y trouve approximativement de quoi produire 2,5 trillions de barils de pétrole. La plus importante réserve d’hydrocarbure du monde...

Il est possible de transformer la matière brute albertaine en pétrole brut, mais c’est difficile. La première méthode consiste à l’extraire à partir de vastes mines à ciel ouvert. D’abord, on rase la forêt, puis on enlève la couche d’humus qui recouvre le sol. Ensuite, d’énormes machines vont extraire la matière goudronneuse du sol pour la charger sur les plus grands camions du monde (deux étages de hauteur, une seule roue vaut 100 000 dollars). Le goudron est dilué dans de l’eau et des solvants à l’intérieur de vastes cuves qui tournent jusqu’à ce que le pétrole remonte à la surface. Les résidus sont ensuite rejetés dans des bassins plus grands que la plupart des lacs naturels de la région.Une autre méthode d’extraction consiste à séparer le pétrole des autres résidus sur les lieux même de l’extraction. D’énormes foreuses injectent de la vapeur, profondément dans le sol, pour que cette dernière se mélange au goudron. Un pipe-line siphonne le mélange et poursuit le raffinage durant le transport, grâce à un système alimenté au gaz naturel.



Le principal fournisseur des USA

Les deux méthodes se révèlent coûteuses : entre 18 et 23 dollars le baril, juste pour couvrir les dépenses. Jusqu’à tout récemment, cela rendait l’extraction totalement irréaliste. Au milieu des années 1980, le pétrole se vendait 20 dollars le baril ; en 1998-1999 : il est même descendu à 12 dollars. Les grands joueurs internationaux n’avaient aucune intention de payer davantage pour extraire le pétrole que ce qu’il pouvait espérer en retirer. C’est pourquoi, lorsqu’on évaluait les réserves mondiales de pétrole, les sables bitumineux n’étaient même pas inclus. Tout le monde, à l’exception de quelques compagnies canadiennes grassement subventionnées, savait que les sables bitumineux restaient hors d’atteinte.

C’est alors qu’est survenue l’invasion américaine de l’Irak. Dès mars 2003, le prix du pétrole a atteint 35 dollars le baril, instaurant la possibilité de réaliser des profits avec les sables bitumineux. Cette année-là, la United States Energy Information Administration a « découvert » l’existence des sables bitumineux. Elle a annoncé que l’Alberta - dont les réserves de pétrole étaient jusque là évaluées à cinq milliards de barils - se retrouvaient assise sur au moins 174 milliards de barils « économiquement possible à extraire ». L’année suivante, le Canada remplaçait l’Arabie saoudite comme principal fournisseur de pétrole des États-Unis.

Tout cela signifiait que le boom pétrolier irakien n’avait pas seulement été reporté ; il avait été relocalisé. Toutes les grandes multinationales du pétrole, à l’exception de BP, se sont ruées vers le nord de l’Alberta : Exxon Mobil, Chevron et Total, qui prévoyait dépenser à lui seul entre neuf et 14 milliards. En avril 2003, Shell a payé huit milliards de dollars pour prendre le contrôle de sa filiale canadienne. La ville de Fort McMurray, le point de départ du boom, n’avait même plus d’espace pour accueillir les dizaines de milliers de travailleurs qui arrivaient. Une compagnie a même dû construire sa propre piste d’atterrissage pour pouvoir acheminer le personnel dont elle avait besoin.

Environ 75 % du pétrole extrait des sables bitumineux s’en va directement aux États-Unis. Les plus enthousiastes décrivaient même les sables bitumineux comme « la couverture de sécurité de l’Amérique ». J’espère que vous appréciez l’ironie de la situation. Les États-Unis ont envahi l’Irak au moins en partie pour sécuriser leur approvisionnement en pétrole. Maintenant, grâce aux répercussions désastreuses de cette décision calamiteuse, ils ont trouvé la « sécurité » qu’ils recherchaient désespérément juste à côté de chez eux.



141 millions de barils additionnels

Il est devenu de bon ton de prédire que les cours élevés du pétrole vont accélérer la réponse du marché aux changements climatiques, suscitant une « explosion » d’innovations et de nouvelles solutions, comme l’a écrit le chroniqueur Thomas Friedman, du New York Times. La situation en Alberta dément toutes ces belles prédictions. Les prix élevés du pétrole conduisent effectivement à une orgie de nouveaux investissements dans la recherche et dans le développement. Mais les efforts n’ont pas comme objectifs de prévenir les changements climatiques. Le plus souvent, ils visent à découvrir comment on peut extraire le pétrole le plus salissant qui soit, dans les régions les plus difficilement accessible.s. Shell, par exemple, travaille sur un « nouveau processus d’extraction thermique », qui impliquerait l’enfouissement d’énormes éléments chauffants électriques. On ferait littéralement cuire le sol...

Voilà ce que les sables bitumineux de l’Alberta signifie pour vous : l’industrie qui contribue plus que n’importe quelle autre aux changements climatiques essaie frénétiquement d’augmenter encore la température. Le raffinage des sables bitumineux produit trois ou quatre fois plus de gaz à effet de serre (GES) que celui du pétrole provenant de puits traditionnels. Au point que les sables bitumineux sont devenus la principale cause de l’augmentation des émissions de GES produites par le Canada. Les quelque 100 milliards d’investissements prévus dans les sables bitumineux ont aussi transformés le Canada en renégat du climat mondial.(...) Sans qu’on puisse en prévoir la fin. Si les prix du pétrole demeurent élevés, il sera bientôt profitable d’extraire un autre 141 millions de barils additionnels des sables bitumineux, ce qui ferait de l’Alberta la plus grande réserve de pétrole du monde.

L’exploitation des sables bitumineux dévore les arbres et la faune - L’institut Pembina, qui constitue une autorité en matière d’évaluation de l’impact environnemental des sables - prévient qu’une superficie de forêt boréale « équivalente à l’État de la Floride » risque de disparaître. Et voilà que le débit de la rivière qui fournit une bonne partie des prodigieuses quantités d’eau nécessaire à l’exploitation montre des signes de diminution inquiétants. Des climatologues estiment que cette baisse serait causée par le réchauffement climatique, ce qui montre qu’il y a quand même une justice.

En contemplant la folie collective en Alberta - que même le Financial Times décrit comme un « fantasme délirant » - il m’est soudain apparu évident que le Canada a fini par récolter beaucoup plus que le boom pétrolier initialement prévu en Irak. En fait, nous avons aussi hérité de ses armes de destruction massive. Vous pouvez les voir près de Fort McMurray, dans la boue goudronneuse qui se trouve sous la croûte terrestre. Et grâce au travail inlassable d’une armée de camions et de tuyaux crachant de la vapeur et du gaz, nous sommes en train d’actionner le détonateur.

Naomi Klein
The Nation www.thenation.com
Source : www.alternatives.ca

samedi 30 juin 2007

Pas de cagoules, pas de chocs electriques, pas de coups. Ces Iraniens ne sont vraiment pas civilisés

La manière civilisée (à droite) et la manière barbare (à gauche) de traiter des prisonniers...

C’est pas une humiliation, ça ?

Terry Jones
31 mars 2007
The Guardian / Tlaxcala

www.tlaxcala.es/pp.asp?lg=fr&reference=2356
Traduit par Fausto Giudice


Je partage l’outrage exprimé par la presse britannique sur le traitement réservé à notre personnel naval accusé par l’Iran d’être entré illégalement dans ses eaux. C’est scandaleux. Nous n’imagerions jamais de traiter des prisonniers de cette manière : en leur permettant de fumer des cigarettes, par exemple, alors qu’il a été prouvé que fumer tue. Ou comme cette pauvre Faye Turney, obligée de porter un voile noir, et dont la photo a fait le tour du monde. Les Iraniens n’ont-ils donc aucune notion de comportement civilisé ? Pour l’amour du Ciel, quoi de mal à lui mettre un sac sur la tête ? C’est bien ce que nous faisons avec les Musulmans que nous capturons : nous leur mettons un sac sur la tête, si bien qu’ils ont du mal à respirer. Il est alors parfaitement acceptable de prendre des photos d’eux et de les diffuser à la presse car à ce moment-là les captifs ne peuvent pas être reconnus et humiliés de la manière dont l’ont été ces malheureux soldats britanniques.

Il est aussi inacceptable que l’on fasse parler ces captifs britanniques à la télévision pour dire des choses qu’ils pourront regretter plus tard. Si les Iraniens leur scotchaient la bouche, comme nous le faisons à nos prisonniers, ils ne pourraient pas du tout parler. Bien sûr, ils auraient peut-être du mal à respirer – surtout avec un sac sur la tête – mais au moins ils ne seraient pas humiliés.

Et c’est quoi cette histoire, de leur permettre d’écrire chez eux que tout va bien ? Il serait temps que les Iraniens s’alignent sur le reste du monde civilisé : ils devaient permettre à leurs prisonniers d e jouir de l’intimité de l’isolement. C’est un des nombreux privilèges que les USA garantissent à leurs captifs à Guantanamo Bay.

Le véritable signe distinctif d’un pays civilise est de ne pas se précipiter pour inculper des gens qu’il a arêtes arbitrairement dans des endroits qu’il vient d’envahir. Les détenus de Guantanamo par exemple, ont joui de toute l’intimité souhaitée pendant Presque cinq ans, et le premier détenu vient juste d’être inculpé. Quel contraste avec cette malheureuse précipitation iranienne à faire parader leurs captifs devant les caméras !

Pire encore : il est évident que les Iraniens ne donnent pas à leurs prisonniers britanniques la possibilité de faire des exercices physiques décents. Les militaires US s’assurent que leurs prisonniers irakiens puissent bénéficier d’un entraînement physique. Cela prend la forme d’exaltantes « positions de stress », que les prisonniers doivent tenir pendant des heures, afin d’améliorer leurs muscles abdominaux et leurs mollets. Un exercice courant consiste à les faire se tenir sur la pointe des pieds puis à s’accroupir de manière à ce que leurs cuisses soient parallèles au sol. Cela provoque une douleur intense et au final, une défaillance musculaire. C’est un vrai plaisir pour la santé et ça a l’avantage que les captifs finissent par confesser tout ce qu’on veut.

Et j’en viens à ma conclusion. Il apparaît clairement de ses apparitions télévisées que la soldate Turney a été mise sous pression. Les journaux ont convaincu des psychologues comportementalistes d’examiner les prises de vue et ils ont tous conclu qu’elle était « malheureuse et stressée ».

Ce qui est choquant, c’est la manière sournoise don les Iraniens l’ont rendue « malheureuse et stressée ». Elle ne montre pas de signes d’électrocution ou de marques de coups, aucune trace de coups sur son visage. C’est inacceptable. S’il faut mettre des captifs sous la contrainte, comme par exemple de les mettre dans des postions sexuellement compromettantes ou en leur envoyant des décharges électriques dans les parties génitales, il faut alors les photographier, comme ceux d’Abou Ghraïb l’ont été. Les photos devraient ensuite être diffusées dans tout le monde civilisé pour que tout un chacun puisse voir ce qui s’est passé.

Comme Stephen Glover l’a noté dans le Daily Mail, il ne serait peut-être pas juste de bombarder l’Iran en représailles pour l’humiliation de nos marins, mais il est évident qu’il faut faire souffrir le peuple iranien – soit en aggravant les sanctions, comme le Mail le suggère, ou simplement en amenant le Président Bush à se dépêcher et à envahir, comme il en de toute façon l’intention, pour apporter la démocratie et les valeurs occidentales à ce pays, comme il l’a fait en Irak.


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